Semaine de la médiation: Lionel nous parle de la médiation sociale à Laeken

Lionel

Un quartier plus agréable à vivre? C'est possible en veillant aux bonnes relations entre habitants. Pour faciliter le dialogue et bien vivre ensemble, vous pouvez compter sur les médiateurs sociaux de Bravvo, comme Lionel dans le centre de Laeken - le quartier Bockstael avec l’avenue Marie-Christine, une partie du canal,... A l'occasion de la semaine internationale de la médiation 2020, ce diplômé en sciences sociales, sociologie et anthropologie nous parle de son métier.

 

 

Quelle est votre mission?

Le médiateur social intervient à l’échelle d’un territoire donné pour contribuer à améliorer le vivre-ensemble. Notre mission consiste à prévenir les différents conflits collectifs et à gérer les conflits existant dans l'espaces public. La rue, les parcs, les places publiques, les devantures d’immeubles, les stations de métro.... l’espace public est le théâtre par excellence du vivre-ensemble. En animant positivement ces lieux, et en impliquant un maximum d’habitants et de partenaires, nos actions visent à renforcer la convivialité.

Le citoyen peut-il venir frapper à votre porte et avec quels projets?

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Mon bureau est totalement accessible, et se trouve au milieu de différents services Bravvo: le centre de jeunes Horizon, l’éducateur de rue, les gardiens de la paix,… Le citoyen peut venir vers nous pour tout type de projet de quartier pour lequel il souhaite un soutien, ou pour toute question concernant la vie de quartier. Un jardin collectif, une fête de quartier, un repas entre habitants, une fête des voisins,… Nous ferons tout pour soutenir les initiatives citoyennes!

 

 

 

De quelle manière “prévenez-vous” les différents conflits?

Notre spécificité est de collaborer avec des groupes et des collectivités. Le principe est de travailler sur le lien entre les habitants, qu’il s’agisse de le créer ou de le réparer. Dans le premier cas, on met en œuvre des projets qui facilitent les rencontres entre les différentes composantes d'un quartier ou d’un lieu: seniors et jeunes, citoyens issus de différentes cultures, anciens et nouveaux habitants d’un quartier,… Lors de la création récente du nouveau quartier Tivoli Greencity par exemple, nous avons cherché à faciliter l’intégration des nouveaux habitants dans cette partie de Laeken en proposant un dispositif d’accueil, en suivant leurs premiers pas ici, en créant le contact avec les différents services publics, en organisant des ateliers thématiques autour de questions comme le logement ou la scolarité, en lançant une dynamique de rencontre avec les anciens habitants...

Vous êtes également une cheville ouvrière de la Radio Marie-Christine (RMC). De quoi s’agit-il?

 

50190905113_2dde0caf18_k.jpg Nous avons créé cette radio participative pour encourager la rencontre entre les différentes composantes du quartier. Il s’agit de résister à une baisse de régime de la mixité sociale en termes de culture, d’âge ou encore de genre. RMC diffuse chaque mois des créations sonores réalisées en atelier par des habitants autour de thématiques liées au vivre-ensemble et à la vie de quartier.

Nous nous installons dans un studio éphémère, par exemple un commerce de la rue Marie-Christine, et diffusons via les haut-parleurs de la rue, sur les réseaux sociaux et Internet, et aussi sur une vraie radio hertzienne (Radio Panik).

Nous en sommes à la dixième émission. Cette radio locale, dont les contenus sont largement réalisés par les habitants, donne un écho aux activités du quartier tout en rencontrant certaines des personnes qui y vivent.

On évoque parfois une fracture entre une partie des citoyens et les institutions. En tant que travailleur de terrain, quel type de solutions pouvez-vous mettre en oeuvre pour rétablir ce lien-là?

Nous constatons en effet certaines formes de fracture entre une partie des habitants du quartier et certaines institutions. Mais les habitants ne sont pas toujours informés de l’offre de services publics ou encore des différents leviers d’action collective à disposition. C’est ce qui explique qu’avec mes collègues éducateurs de rue, nous avons eu l’idée de créer un dispositif mobile afin de travailler directement avec le public à même les espaces publics du quartier.

39102380415_5d2c9ac482_k.jpg Il s'agit de la Bravvo-Mobile qui permet aux habitants de venir s’asseoir autour d’une tasse de café et de discuter. Tantôt de situations concernant les individus – par exemple un besoin d’aide administrative, la recherche d’une école de devoir – tantôt de questions relatives au quartier: la propreté publique, la volonté de développer une plaine de jeux,… Avec la Bravvo-Mobile, nous avons parcouru plusieurs dizaines de kilomètres dans le quartier à la rencontre des habitants, en nous posant dans les événements du quartier, etc. Avec pas mal de résultats puisque, par exemple, nous avons accompagné jusqu’à terme un groupe de jeunes dans sa demande d’installation de street workout.

Vous êtes également amené à agir sur des situations de quartier problématiques...

Dans ce deuxième cas de figure, on joue un rôle de facilitateur pour mettre en contact, directement ou indirectement, les différentes parties pour arriver à une solution au conflit. Dans le cas d’un conflit d’occupation entre différents groupes (côtoyant un parc public par exemple), nous pouvons organiser des réunions avec les représentants de chaque groupe. Mais il faut reconnaître que dans l’espace public, on rencontre différentes difficultés. Par exemple, on a besoin de groupes relativement constitués pour discuter et négocier. Or, il y a des cas où les jeunes qui occupent une plaine de jeux ne constituent pas un groupe mais plutôt un réseau - les individus sont rarement les mêmes, bien qu’ils se connaissent plus ou moins tous. Avec qui faut-il parler pour avancer? Ce n’est pas facile.

Dans ce contexte, la médiation sociale s’envisage comme une médiation au sens large: le médiateur social joue toujours le rôle de « tiers », mais la conflictualité sera traitée alternativement à la mise en présence « traditionnelle » des deux publics impliqués. Par exemple en impulsant une concertation avec l’ensemble des parties concernées par la problématique, en ce compris le concierge s’il y en a un, en vue d’agir de façon intégrée sur la situation.

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Y a-t-il des cas où une médiation de quartier n’est tout simplement pas possible?

Pour que la médiation puisse avoir lieu, il faut que les différentes parties soient motivées à l’idée de créer une solution satisfaisante pour chacun. Et ce n’est pas toujours le cas. S’il y a du gain en jeu, en particulier, c’est très difficile. Imaginez un groupe qui “tient” les murs d’un immeuble et vend de la drogue; il a tout intérêt à privatiser le lieu afin de continuer son commerce tranquillement. Une médiation avec les autres habitants n’est pas possible. En pareil cas, nous jouons le rôle de référent du quartier. D’une part nous connaissons bien la situation de terrain, d’autre part nous sommes en mesure de mobiliser des acteurs tels que la police, le logement social ou les comités d’habitants. Quoi qu'il en soit, nous travaillons chaque jour sur le terrain pour faire en sorte que chacun vive du mieux possible dans son environnement, son quartier.

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