Et toi, la radicalisation, t’en penses quoi?

rien

10 février 2020 « Et toi, la radicalisation, t’en penses quoi ? » demande la cellule PRE-RAD de Bravvo, le service de prévention de la Ville de Bruxelles, qui mène auprès des jeunes, durant tout le mois de février 2020, une campagne de sensibilisation à la radicalisation violente. Cette campagne se prolonge sur les réseaux sociaux où le groupe Facebook « T'en penses quoi Bxl » accueille désormais les débats relatifs à cette question sensible.

 

 

 

 

 

 

Des témoignages de jeunes gravés sur de grandes bannières accrochées autour du Carrefour de l’Europe, l’esplanade très animée de la Gare Centrale de Bruxelles, vont interpeller durant un mois, les passants sur la radicalisation. « Dans aucun livre sacré, il n’est écrit qu’il faut tuer pour aller au paradis », estime Yasmine sur l’une des affiches. « Aucune violence n’est légitime », tranche Marwa sur une autre.

Bravvo Radicalisme lancement campagne low res-10-7.jpg

Cette campagne qui vise en priorité les 12 - 25 ans, part du constat que les jeunes ont, ces cinq dernières années, été les témoins d’un fait social d’une extrême violence : l’embrigadement idéologique de certains de leurs amis, de leurs voisins, de leurs camarades d’école qui ont rejoint des zones de guerre avec la volonté d’y mourir. Bruxelles, notre capitale, fut elle-même le théâtre de ce tragique enrôlement qui conduit aux attentats du 22 mars 2016.

 

Bravvo Radicalisme lancement campagne low res-10-5.jpg

Sur les mâts du Carrefour de l’Europe, l'esplanade très fréquentée de la gare Centrale, onze affiches colorées interpelleront, durant le mois de février, les passants avec des paroles de jeunes sur la radicalisation violente.

Radi low res-20.jpg

Libérer la parole

La campagne vise à valoriser la parole des jeunes et leur participation au débat démocratique sur des sujets sensibles. Elle entend également susciter une réflexion parmi les jeunes sur leur place dans la société et leur exercice de la citoyenneté. « Il faut libérer la parole, a précisé le bourgmestre Philippe Close, le jour du lancement de la campagne, car elle permet de prévenir la radicalisation violente, développe l’esprit critique des jeunes et facilite le vivre ensemble. »

Marie: « Nous sommes mieux préparés »

Bravvo Radicalisme lancement campagne low res-6.jpg

Marie Esteves, mère de quatre enfants, a lu des extraits de textes de jeunes sur le Carrefour de l’Europe pour le lancement de la campagne. « Plusieurs jeunes de mon quartier à Laeken sont morts à l’étranger, partage-t-elle. Ces départs furent choquants et inattendus. Ces jeunes allaient à l’école,  y apprenaient beaucoup de choses. Malheureusement, avec Internet, il est facile de bourrer le crâne d’un enfant avec des idées fausses et néfastes. Je pense que maintenant nous sommes mieux préparés pour prévenir cette radicalisation. »

Jamila: « Quelque chose sur le cœur »

Bravvo Radicalisme lancement campagne low res-7.jpg

Jamila Azouagh, tante de onze neveux, l’une des participantes au lancement de la campagne le premier février sur l’esplanade de l’Europe. « La radicalisation violente guette surtout les jeunes et les adolescents qui composent la future génération, estime-t-elle. Ces gamins avaient forcément quelque chose sur le cœur, une meurtrissure, qui les a conduits à entrer dans un processus de radicalisation. Toute la question est de comprendre ce qui a entraîné ce processus. C’est un travail indispensable. On peut aussi voir comment protéger les jeunes du racisme, des incitations véhiculées sur internet, de l’exclusion et de la précarité. »

Une campagne en plusieurs supports

La partie visuelle grand public de la campagne « Et toi, la radicalisation, t’en penses quoi ? » comprend l’affichage de 11 cartes qui portent la réflexion d’un ou d’une jeune, ainsi qu’un affichage sur les écrans City Play de la capitale et l’écran géant Iconic de la place De Brouckère, durant une partie de février.

Bravvo Radicalisme lancement campagne low res-10-2.jpg

La campagne se poursuit également sur les réseaux sociaux, avec la diffusion des cartes et de contenus sur Facebook et Instagram. Le groupe Facebook @ T'en penses quoi Bxl? (www.facebook.com/groups/tenpensesquoihoestajijertegenoverbxl) offre désormais un espace de discussion et d’information pédagogique sur les thèmes de la radicalisation, des discours haineux et de toutes les formes d’extrémisme violent. Il sera possible pour les internautes de dialoguer sur cette page sous le regard de modérateurs. Des vidéos micros-trottoirs réalisées pendant la campagne donneront également la parole aux Bruxellois sur ces délicats sujets.

Un outil pédagogique

« Et toi, la radicalisation, t’en penses quoi ? » est également un outil pédagogique composé de 20 cartes postales qui reprennent une idée forte exprimée par un jeune sur la question de la radicalisation. Le déroulement du jeu, sous la conduite d’un animateur, permet aux participants de creuser la question du radicalisme violent, de l’analyser et de partager leurs réflexions. « L’outil pédagogique reprend les 20 phrases de la campagne et propose diverses animations pour libérer la parole des jeunes sur ce sujet, explique Hadelin Feront, en charge de la cellule PRE-RAD. Il permet notamment aux jeunes de réfléchir sur la gestion de leurs émotions, le sentiment d’isolement, le désir d’agir ou encore la question des valeurs et du vivre-ensemble. De ces échanges nous avons sélectionné 20 phrases clés, particulièrement stimulantes, que nous utilisons désormais pour lancer des débats. Lors des jeux, nous nous réjouissons de voir que les jeunes sont capables de parler avec pondération et intelligence. »

Soufiane: « Dépasser les stéréotypes »

Bravvo Radicalisme lancement campagne low res-5.jpg

Soufiane Snoussi, fut un des jeunes Marolliens appelés à comprendre avec ses amis le processus de radicalisation violente et à réagir à cette tragédie. L'engagement de ce garçon de 22 ans a concouru à l'élaboration du jeu pédagogique et de la campagne qui a démarré le premier février dernier.  « Durant des semaines,  j’ai entendu les témoignages des proches de jeunes partis en zone de guerre, j’ai entendu leurs désarrois, et j’ai partagé avec mon ressenti avec mes camarades, explique-t-il. On a cherché à dépasser les stéréotypes que l’on entend à la télé. Ce fut une expérience bouleversante, mais j’en vois le résultat aujourd’hui et j’en suis fièr. Les cartes postales tirées de nos réflexions vont libérer la parole et susciter la réflexion. »

Le jeune homme est aujourd’hui en deuxième année d’études d’éducateur spécialisé à l'Institut Defré. L’année prochaine, fraîchement diplômé, il ira peut-être animer dans les quartiers le jeu pédagogique qu’il a lui-même contribué à mettre au point. « J’en serai heureux, lance-t-il dans un grand sourire. Une telle animation serait particulièrement intéressante si l’on parvient à réunir des publics différents. Ma formation vise à éduquer, faciliter la réflexion et permettre aux jeunes de grandir. Ce jeu offre une opportunité  de remplir ces objectifs. »

Plus d'infos

 

JFP (texte) et CyP (photo)